dimanche 1 septembre 2013

Interview de Claude Bartolone dans le JDD

Le nouveau Claude Bartolone est arrivé. Assagi et moins dans le rapport de force avec l’exécutif. Il commente son rôle et livre sa vision de la politique gouvernementale Dans l’opposition, vous dénonciez l’augmentation de la durée de cotisation. Que pensez- vous de cette réforme des retraites ?


C’est un bon compromis. Cette réforme permettra à la fois de défendre le système de retraite par répartition et de préserver le pouvoir d’achat en ne touchant pas à la CSG. En tout cas, je préfère cette formule plutôt que celle de la droite, qui parle d’allongement à 44 annuités de la durée de cotisation ou de report de l’âge légal à 65 ans, et tout cela en légiférant par ordonnances !


Que vont pouvoir améliorer les parlementaires ?


La proposition telle qu’elle est formulée par le gouvernement a du sens. Mais je veux que le débat parlementaire permette d’enrichir encore le texte, notamment sur la question de la pénibilité.


Êtes- vous sensible au « ras- le- bol fiscal » ?


C’est une expression que je n’aime pas. L’impôt, ce n’est pas un gros mot, c’est un effort collectif pour faire vivre les services publics et pour préparer l’avenir. Mais il faut que chaque citoyen puisse se dire : « Nous en avons pour notre argent. »

Il faut donc une « pause fiscale » ?


Oui. Je l’ai dit bien avant l’été et réaffirmé à la mi- août : rien ne doit venir fragiliser la consommation des ménages et l’investissement des entreprises. Sans consommation et sans investissement, pas de croissance ; et sans croissance, pas d’emploi. Notre obsession, c’est l’emploi.


François Hollande est- il en train de gagner ses paris ?


Je ne vais pas jouer les Madame Soleil mais, quand je vois les positions du Président pour réorienter l’Europe, quand je vois ce 0,5 % de croissance, quand je vois les efforts faits pour l’école, pour le logement, je me dis que, peut- être, nous récoltons les premiers fruits de l’an I du quinquennat. Le climat a changé,
mais il faut encore accélérer, notamment sur l’effort en matière de transition énergétique. Cent mille nouveaux emplois « verts » d’ici à trois ans, c’est possible !


Cette rentrée a aussi été marquée par des couacs gouvernementaux…


Je préfère le concert d’unité que nous avons imprimé avec Arnaud Montebourg à Frangy plutôt que les petites musiques individuelles de l’été ou de La Rochelle. Les choses se sont calmées, et c’est heureux. Taubira et Valls sont des talents, mais sur des sujets aussi sensibles que la justice et l’ordre républicain, le gouvernement a le devoir de jouer collectif.


Faut-il une campagne nationale pour les municipales ?


Ce sera le projet local qui primera dans ces élections. Mais je dis à la gauche : « Ne rentrons pas la tête dans les épaules. » Je souhaite que l’on puisse montrer la synergie entre nos équipes municipales, qui font du bon travail, et les premiers résultats que donne la politique menée depuis le 6 mai 2012.


Vous appelez au rassemblement. Pourquoi présenter un candidat socialiste à Montreuil ( EELV) et Saint-Denis ( PCF) ?


Vous citez Saint-Denis, mais à Aubervilliers, Pantin, Pierrefitte, les communistes ont déjà annoncé des listes autonomes… Il peut y avoir ici ou là des histoires locales qui rendent l’union difficile – je rappelle qu’à Saint-Denis, le candidat communiste arrivé en deuxième position aux législatives avait maintenu sa
candidature. Mais ne faisons pas de rares exceptions locales une règle nationale. La seule manière d’éviter les situations particulières, c’est de fixer l’objectif « union partout. »


Vous étiez critique, et là, vous êtes bien plus sage…


Il faut savoir conjuguer la défense de ses idées et le besoin de collectif. J’assume toutes mes prises de position depuis un an, parce qu’à chaque fois elles ont été mises au service du collectif. J’avais dit que l’objectif des 3 % de déficit était intenable : je me réjouis d’entendre aujourd’hui le FMI et la Commission européenne, ces chantres de la rigueur, dire « attention, il ne faut pas trop en faire pour ne pas casser la croissance » . J’avais dit qu’il fallait une confrontation avec les droites européennes : chacun en convient aujourd’hui, et elle est engagée. Je préfère avoir une parole utile plutôt qu’un silence de courtisan.


Faut-il intervenir en Syrie ?


On ne peut pas laisser ces actes abjects sans réponse, mais la communauté internationale doit être plus précise sur les objectifs que nous poursuivons. Cela ne peut pas être une vengeance sans suite. Le Président de la République a convoqué le Parlement en session extraordinaire mercredi prochain. Nous aurons l’occasion d’en débattre. Le Parlement britannique a voté contre l’intervention.


N’êtes- vous pas jaloux de leurs prérogatives ?


À chaque État sa tradition et ses institutions. Ce que je constate, c’est que, depuis un an, le gouvernement a retrouvé l’adresse et le numéro de téléphone de l’Assemblée ! Jamais elle n’a été aussi respectée. Jamais elle n’a autant travaillé. Tout n’est pas parfait, loin de là, et il faudra encore tordre le bras à de vieilles habitudes du gouvernement, notamment les textes déposés en urgence. Mais nous sommes sur le bon chemin. La fin du cumul des mandats doit imposer un nouvel équilibre entre le gouvernement et le Parlement. Comptez sur mon caractère et ma liberté de ton pour que l’Assemblée y prenne toute sa place.